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1 . Jeu de la bataille…ou jeu de la balle ovale ?
(14 décembre 2007)
Un cycle de jeu de la bataille vient de se terminer avec les CM2 de Philippe Couderc. Il semblerait que les enfants aient tous adhèré à cette forme d’apprentissage du rugby.
Quelles sont donc les différences ?
Dans le jeu de la balle ovale, ce qui est privilègié, c’est le rapport de l’enfant avec l’engin (ovale), que l’on se transmet de façon apparemment illogique (vers l’arrière et non pas vers la cible à atteindre). Dans un souci (louable) de faire progresser l’enfant vers le jeu collectif, les créateurs de cette formule ont même ajouté des règles qui, à notre sens, ne sont pas en accord avec la logique du jeu : au départ de l’action il faut qu’il y ait 3 passes ( !) et sur interception, l’essai ne sera accordé que si le joueur qui l’a réalisée fait une passe. Quelle dommage que cette règle n’ait pas été appliquée pendant la coupe du monde : l’argentin Corleto interceptant la passe aveugle de Rémy Martin aurait dû attendre un partenaire (ce qui aurait sans doute permis aux Français de revenir en défense !!! Pour ce qui est de la première règle, les enfants, dans leur grande logique, ont contourné le problème et font rapidement les 3 passes à l’arrêt, le ballon revenant généralement au dominant…
Mais ce qui oppose essentiellement les deux démarches, c’est une perception différente des problèmes de l’enfant en situation de découverte du rugby. En effet, ce qui différencie le rugby des autres sports collectifs, c’est que c’est un jeu d’affrontement, ou le combat est premier, et donc le premier problème à résoudre c’est l’appréhension, la crainte de l’enfant dans cette situation. Regardez le joueur débutant, lorsqu’il fait une passe, il ne regarde pas le partenaire à qui il adresse le ballon, mais en face de lui (bien sûr puisque le « danger « vient de là).
C’est donc pour résoudre ce problème que nous utilisons le jeu de la bataille.
Ce terme a été employé à l’origine par la tendance pédagogique inspirée des travaux de Jean DEVALUEZ (auteur du livre remarquable « Les Fondamentaux du Rugby » avec son compère Pierre CONQUET)
En quoi consiste cette approche ?
Nous mettons l’enfant en situation de jeu global, mais ce que nous évitons, ce sont les chocs lancés. La « grappe » des enfants autour du ballon pour se l’approprier, pénalisante pour l’utilisation de l’engin, est très riche pour la sécurisation progressive des joueurs en situation de « combat ». Ils vont lutter, pousser, tomber, s’empiler…Ils vont participer plus ou moins, les dominants dans le « noyau central » luttant pour la possession du ballon, les autres, moins « virulents » essaieront de se mêler à la lutte, les « satellites », à l’extérieur, observent, mais finiront par participer dans des jeux ou le rapport de forces ne sera plus aussi déterminant.
Le terrain, étroit, ne permettra que rarement au dominant de s’échapper, car alors il est inarrêtable, les joueurs n’étant pas « équipés » (le plaquage) pour le bloquer. Dans un même souci, le ballon sera lancé au sein du groupe, ou un peu en arrière…
Dés la première séance on finira par jouer en sous-groupes, dominants ensemble, dominés aussi, ce qui permettra à ces derniers de mieux s’exprimer en rapport de forces plus égal.
Les séances suivantes auront un double objectif : affirmer cette confiance en soi dans le « combat », et développer la coopération, la relation avec le(s) partenaire(s). Sur la fin du cycle, nous avons pu mettre en place l’arbitrage par les enfants, avec un certain succés.
Lors de la dernière séance, 4 équipes homogènes ont été constituées (donc avec des joueurs de tous niveaux) et on a pu constater que si les dominants n’avaient rien perdu de leur virulence, les autres s’opposaient avec succès et prenaient des initiatives intéressantes.
Nous pensons que les enfants ont trouvé beaucoup de plaisir dans cette activité, un peu surpris au départ, mais enthousiastes par la suite. La participation est proche des 100% . J’ai vu une petite fille, qui n’était pas, tant s’en faut, une dominante, prendre un « caramel » par un des plus forts (qui n’avait pas fait de sentiment) se relever et repartir au jeu , un peu mâchée, certes, mais totalement impliquée.
Nous pensons donc que l’approche du rugby sous cette forme de jeu de la bataille est la plus facile à mettre en place et la mieux adaptée. Elle surprend au départ les enseignants, qui se sentent beaucoup plus sécurisés par la balle ovale ; Pour avoir mené un grand nombre de séances de ce type, malgré l’engagement physique total des enfants (ils ne savent pas tricher là), je n’ai jamais vu d’accident. La richesse de cette forme d’apprentissage, c’est qu’elle ne fait pas progresser les enfants dans des techniques mais plutôt dans des comportements d’opposition, où ils doivent faire preuve de courage et de ténacité
Bernard GONTHIER
2 . Premier temps, deuxième temps de jeu….Quinzième temps …???
(21 février 2008)
Les commentaires des journalistes sur le jeu dans le premier temps ou le deuxième temps m’ont toujours un peu agacé. Ils ont trouvé le bon filon, en parlant de X ème temps de jeu, ceci pour analyser une action qui a duré longtemps. Je voudrais apporter quelques précisions.
Il y a une confusion importante entre ce que l’on appelait, il n’y a pas longtemps encore, le jeu en première main ou en seconde main, et les rebonds d’attaque.
Il y a quelques années, un groupe de Conseillers techniques, dont je faisais partie, avait été chargé par le DTN d’établir un lexique des termes utilisés par les techniciens. Nous avions essayé de nous mettre d’accord sur la signification de termes comme « ligne d’avantage », « polyvalence », « référentiel commun », etc…et « jeu dans le premier temps ou le deuxième temps »…Y avait-t-il un troisième, un quatrième, voire plusieurs temps de jeu ?
Participait à ce travail, entre autres, Robert Bru, père de la méthode au Stade Toulousain. Nous nous étions mis d’accord pour dire qu’il existe deux temps de jeu :
-le premier temps de jeu se situe lorsque les forces en présence sont en équilibre, ceci à partir des phases statiques (Coup d’envoi, de renvoi, mêlée, touche), et de regroupement stabilisé dont le ballon ne sort pas rapidement.( Sur coup de pied de pénalité ou coup de pied franc, il y a les deux possibilités, voir plus loin).
-le deuxième temps de jeu se situe lorsqu’une équipe a réussi à déstabiliser l’organisation défensive adverse, et se retrouve donc avec une situation de surnombre numérique ou positionnel : regroupement d’où le ballon sort rapidement en avançant, contre-attaque, relance…
(coup de pied de pénalité joué rapidement : 2ème temps de jeu, coup de pied pénalité joué sur combine -de plus en plus rare, les équipes préfèrent choisir une mêlée- : 1er temps de jeu…)
Si le ballon met du temps à sortir du regroupement, la défense a le temps de se réorganiser, et il va falloir lancer le jeu, c'est-à-dire choisir arbitrairement, en fonction de ses propres forces ou des faiblesses, supposées ou détectées, de l’adversaire, quelle forme de jeu on va utiliser en premier (jeu groupé pénétrant, jeu déployé ou jeu au pied).
Si le ballon sort rapidement, on parlera de lecture du jeu, de choix en fonction du placement de l’adversaire, de l’exploitation des situations de surnombre…
La conséquence de ceci, c’est que les entraîneurs/éducateurs vont avoir à travailler deux choses différentes :
-les lancements du jeu à partir de phases statiques (combinaisons pour choisir un point d’affrontement avantageux, qui supposent discipline et respect des consignes)
-le jeu à partir des blocages : s’agit-il de 1er temps ou de 2ème temps . dans ce dernier cas, travail de la reconnaissance de la situation et exploitation de jeu en surnombre (transformer un surnombre latéral en surnombre profond) .
Le jeu dans le 2ème temps suppose que l’on ne va pas laisser le temps à l’opposition de se reconstituer, donc choix (collectif) rapide, jeu à hauteur (pas de profondeur), soutien en avançant…
Pour conclure, les 3èmes ou 4èmes temps de jeu ne sont que de rebonds d’attaque (et par conséquent des premiers temps de jeu). Très souvent on a balayé le terrain et on n’a pas réussi à franchir le premier rideau adverse et donc, au nom de la sacro-sainte « conservation du ballon », on recommence dans l’autre sens. La prise de risque consiste à tenter des coups dans la défense, (passage des bras, jeu à hauteur dans l’intervalle – avec risque d’en-avant).
B.GONTHIER
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